NOW

                        WORKS

                        BIOGRAPHY

                        TEXTS

                        CONTACT

                        DOWNLOAD

                        LINKS

   SARAHFAUGUET ET

 DAVIDCOUSINARD

SATURNIA PIRY

Estuaire

Nantes _ 2012

« Vêtu de velours marron et cravaté de fourrure blanche. Les ailes semées de gris et de brun, traversées d'un zigzag pâle et bordées de blanc enfumé, ont au centre une tache ronde, un grand œil à prunelle noire et iris varié, où se groupent en arc, le noir, le blanc, le châtain, Ie rouge amarante. »

Lorsqu'il décrit le Satunia Pyri, l'entomologiste Jean-Henri Fabre ne boude pas son plaisir devant la sophistication inouïe d'un papillon dandy hors-norme. Communément dénommé Grand Paon de nuit, ce visiteur nocturne aux ocelles hypnotique* ne s'alimente pas, et au terme de quelques jours d'existence, meurt après l'accouplement.

Histoire de l'œil. Fureur de vivre.

Mettre une chambre à coucher sous l'égide du Saturnia Pyri, c'est suggérer d'emblée une atmosphère lestée, un scénario un peu corsé entre thriller érotique au château et célébration tragique des mystères du monde. Sarah Fauguet et David Cousinard aiment les dispositifs qui ont à voir avec le récit, la mise en tension narrative : le duo comprime les espaces pour mieux resserrer le scénario, puis multiplie l'ambivalence des signes. S'il convie les formes à caractère autoritaire (blasons, étendards ou logos), c'est pour brouiller la clarté du message et faire l'éloge du doute ; s'il revisite les objets domestiques, c'est pour y injecter de la distorsion, des jeux d'échelle inquiétants ; et s'il use de techniques et de matériaux nobles, c'est pour en sur-jouer ou déjouer les connotations. Autre invariant dans la production de ces deux artistes : il s'en dégage un flottement intense, du à un ancrage temporel vacillant, et chaque objet y semble animé d'un duel intérieur, écartelé entre passé et futur lointains.

 

 

 

Ces flux d'hybridation et de stratification sont à l'œuvre dans la petite chambre conçue pour le Château du Pé. Le sol (comme souvent dans leurs installations) y est surélevé, et composé d'élégantes tomettes hexagonales de chêne massif. Dans ce plancher, deux battants de bois s'ouvrent comme une trappe et dévoilent un lit-cercueil fort accueillant pour visiteur en voie de mutation vampirique. En face, une cheminée monumentale dresse sa stature impressionnante, surdimensionnée dans le petit espace. L'objet, très cinématographique, procède d'un télescopage de styles et de matériaux : jambage qui force les arabesques de l'art nouveau, tablette marquetée qui reprend les motifs délicats des ailes du Satumia Pyri, mais aussi volumes géométriques rétro-futuristes et échappée de la hotte en reliefs brutalistes de ciment qui partent à l'assaut du plafond.

Omniprésentes, les essences de bois rivalisent de séduction, en clin d'œil aux boiseries précieuses des châteaux : ronce de noyer, loupe d'érable, bouleau madré, chêne des marais, chêne vert et fourche d'acajou entrelacent leurs textures raffinées, au poli parfait. Composite et léché, l'univers énigmatique de Sarah Fauguet et David Cousinard semble alors tout entier contenu dans cette chambre au pouvoir d'attraction surréel, et dans cette cheminée-papillon de nuit qui invite à se consumer d'amour à mort, en vol stationnaire au-dessus du temps.

 

Eva Prouteau

 

*­ Pour effrayer ses prédateurs, l’illusionniste Saturnia Pyri

montre en effet ses  « faux » yeux, qui sont des yeux de vertébré.

 

 

Pour réserver Saturnia Pyri:

http://chateaudupe.fr/saturnia-pyri/